Vendredi 14 mai 2010 5 14 /05 /Mai /2010 19:06

 

Cette affaire du regrouêment de la Gendarmerie Nationale avec la police donc son intégration au ministère de l'Intérieur n'a pas fini de faire couler beaucoup d'encre. 
 
 
Il est quand même à saluer le courage des officiers de gendarmerie, de plus en plus nombreux et ce malgré les sanctions de certains de leurs collègues, faire part de leur analyse de cette réformette qui met en danger leur Arme, au service de la Nation depuis de nombreux siècles. 
Au jourd'hui il sagit d'un texte du Colonel Philippe ESPIE, commandant le Groupement de Gendarmerie Départementale de l'Ardèche à PRIVAS.
 
Lisez  le avec attention. Il est plein de vérités. 


 
   Un Commandant de groupement de gendarmerie  s'exprime :
 
 Je n'avais pas l'intention de m'exprimer sur le sujet de l'intégration de la gendarmerie au sein du MIOMCT. Il s'agit d'une décision politique. En ma qualité de soldat et d'officier des armes, je la mets en application sans état d'âme et avec discipline intellectuelle. Néanmoins puisqu'on me demande mon avis, je le donne et comme habituellement sans langue de bois.De ce qu'il me remonte du terrain, l'intégration de la gendarmerie au Ministère de l'intérieur n'est pas particulièrement bien vécue par les personnels de l'Arme qui n'y trouvent aucun intérêt ni aucune plus value. Les gendarmes ne perçoivent aucun changement particulier positif dans ce changement de ministère. Le sentiment actuel de mes gendarmes est à la résignation, ce qui ne saurait être de bons augures. Au contraire, compte tenu du calendrier actuel, ils ont tendance à faire un amalgame défavorable entre cette intégration au MIOMCT, le vote de la Loi Gendarmerie, l'accroissement des charges opérationnelles et administratives du dernier quadrimestre, les contraintes budgétaires particulièrement insupportables et le récent battage médiatique sur la véracité controversée des chiffres de la délinquance. Cette situation reste en conséquence très contre-productive. Ils sont conscients que les décideurs du MIOMCT, quoiqu'ils en disent, n'ont pas une connaissance précise et complète de notre Arme et de son fonctionnement et encore moins du statut militaire, un gendarme restant pour eux un policier avec un képi..... Ils ne se sont d'ailleurs pas accaparés la Loi Gendarmerie qui au moment de sa parution était particulièrement opaque et bien peu lisible. Par ailleurs, ils n'ont pas plus le sentiment d'être mieux défendus aujourd'hui au MIOMCT qu'ils ne l'étaient précédemment au MINDEF. Ils ne se reconnaissent pas dans les pratiques actuelles de ce ministère (l'affolement récurrent comme la fébrilité permanente, l'absence de directives comme de vision à long terme, la cogestion permanente hiérarchie-syndicat, l'absence régulière de franchise comme de courage intellectuel....). Ils ne se sentent pas en adéquation ni en communion d'idées avec les pratiques policières. Ils restent très méfiants vis à vis du principe de mutualisation qui sous-entend le principe de fusion de deux institutions, distinctes dans leur organisation et leur fonctionnement mais qui se retrouvent en partie sur un socle commun dans leur mission de sécurité intérieure
Ils sont conscients que la mutualisation opérationnelle entraînera de facto un nivellement par le bas que se soit en terme de disponibilité
que de compétence professionnelle. Ils regrettent d'être obligés de passer d'une culture d'efficience à une culture d'affichage dans
laquelle ils craignent de se décrédibiliser vis à vis de la population et de perdre leur notoriété et de ce fait leur âme. Ils revendiquent
légitimement leur culture de la proximité avec le territoire et sa population, culture qui est leur histoire, leur mode de fonctionnement
et leur réussite depuis tant de siècles. Ils se sentent attaqués en permanence par des syndicats très corporatistes qui détiennent le
véritable pouvoir au sein de ce ministère, (cmf.
La rapidité avec laquelle le MIOMCT a pris en compte la vindicte syndicale pour prendre un nouveau décret portant sur le statut des officiers de gendarmerie).
Il s'agit d'un problème de culture d'influence pour laquelle ils n'ont jamais été préparés en tant que militaires mais qu'ils risquent rapidement d'adapter et d'assimiler à leur profit. Ils considèrent souvent que les déclarations des syndicats ne sont que les velléités profondes et parfois masquées de la haute hiérarchie policière, les décisions sur le sujet de la police d'agglomération ne pouvant pas leur faire penser autrement. Ils accepteraient à la limite les allégations syndicales (bien que toujours privées de leur contexte), si tout allait pour le mieux dans la ZPN.
Ils ont le sentiment d'être pris parfois pour les supplétifs de la police, l'appui opérationnel mutuel restant toujours unilatéral, comme on le voit systématiquement sur Aubenas et Annonay. Ils ont été particulièrement scandalisés par le transfert en catimini de 23,5 M. Euros (le BF 2010 des Régions de Gendarmerie de Rhône-Alpes et d'Auvergne n'atteint pas 19 M. Euros) en décembre dernier du budget gendarmerie au budget police alors qu'on leur impose une rigueur budgétaire insoutenable qui obère la capacité opérationnelle de leurs unités. Ils n'ont pas le sentiment que le cabinet du MIOMCT traite à parité la police et la gendarmerie, comme il le défend. Ils attendent avec circonspection les décisions à venir sur le renseignement et la police judiciaire, la mise en place des polices d'agglomération et des territoires et surtout si les réductions de postes budgétaires imposées aux deux services seront réparties de manière équitable. A titre personnel, je crains que cette intégration décidée par le politique ne conduise à court terme au démembrement de l'Institution, à travers la mutualisation de ses pôles d'excellence placés en concurrence avec ceux de la police nationale (maintien de l'ordre, police judiciaire et renseignement), puis à plus long terme, à une fusion.On aura ainsi brisé en seulement quelques années et sans espoir de retour en arrière, une institution multiséculaire, parfaitement adaptée à tous les environnements dans lesquels elle s'est trouvée confrontée, qui a en permanence prouvé ses savoir-faire et savoir-être et sa loyauté républicaine, qui fait l'envie de certains de nos alliés anglo-saxons dont les USA (cmf en Afghanistan) et alors même que la population et les élus dans leur très grande majorité ne font que se féliciter des services rendus.Je considère en citoyen démocrate républicain que l'émulation entre les deux services est un gage d'efficience et le maintien de ces deux forces reste une garantie pour la République et la Démocratie. Je pense également que c'est peut être le modèle de proximité de la gendarmerie dans son statut militaire qu'il aurait fallu étendre aux zones urbaines et non pas le contraire.
Il suffit de demander aux belges leur avis sur la suppression de leur gendarmerie... Au delà de ce constat, les personnels de mon groupement gardent parfaitement la foi dans leur métier, sans angélisme ni naïveté, au seul service du public qui est leur raison d'être et pour lequel ils donnent avec beaucoup de générosité et d'abnégation bien plus qu'ils ne reçoivent.
Par politique
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